Notre moteur de réservation est-il vraiment utilisable par une personne aveugle ?
Pendant deux ans, notre ancien moteur de réservation affichait fièrement un logo « accessible ». Il était fourni par un prestataire, il coûtait cher, et personne ne l’avait jamais testé avec un lecteur d’écran.
Le test
En janvier, on a demandé à quatre personnes non-voyantes de réserver une chambre. Aucune n’y est arrivée. Le calendrier était fait de div cliquables : le lecteur d’écran ne lisait rien, ou lisait « 14 » sans dire de quel mois, ni si c’était disponible, ni à quel prix. Les erreurs s’affichaient en rouge, sans être annoncées. L’une d’elles a abandonné au bout de vingt minutes.
« Je ne suis pas mauvaise en informatique. C’est votre site qui est mauvais. »
Ce qu’on a changé
On a tout réécrit. Les dates se saisissent maintenant dans de vrais champs date : le navigateur et le lecteur d’écran savent déjà les gérer, il n’y avait rien à réinventer. Le calendrier existe toujours — c’est confortable — mais il vient en plus, jamais à la place. Chaque jour y annonce sa date complète, sa disponibilité et son prix.
Et le tunnel fonctionne même si on coupe JavaScript. Essayez : tout marche encore.
Nous avons sorti un mètre et mesuré chaque chambre
« Chambre PMR ». C’est tout ce qu’écrivait notre site avant. Comme partout ailleurs.
Ce que ça ne dit pas
Une chambre PMR, ça ne veut rien dire. La porte fait-elle 80 ou 95 cm ? Le lit est-il à 45 ou à 60 cm de haut ? Y a-t-il de la place pour transférer des deux côtés, ou d’un seul ? Le lavabo a-t-il un meuble dessous qui bloque les genoux ?
Un voyageur en fauteuil qui réserve à l’aveugle peut arriver devant une porte trop étroite, à 400 km de chez lui, un vendredi soir. Ça arrive tout le temps. On nous l’a raconté une fois de trop.
Deux jours de mètre à la main
On a mesuré les 28 chambres : portes, seuils, lits, espaces de transfert, hauteurs d’interrupteurs, de prises, de thermostats. On a noté ce qui allait, et ce qui n’allait pas.
Le résultat est en ligne, chambre par chambre. Y compris les mauvaises nouvelles : la chambre Montagne a une porte de 78 cm et une baignoire — elle n’est pas accessible, et on l’écrit.
Le trajet de la gare à l’hôtel, décrit son par son
Une cliente non-voyante nous a expliqué qu’elle évitait les villes qu’elle ne connaissait pas. Non pas par crainte, mais par fatigue : il faut tout redemander, tout refaire valider, s’en remettre à des inconnus.
Alors on a marché
On a fait le trajet gare → hôtel avec elle, et on a noté ce qui se repère sans les yeux : la texture du sol qui change à la sortie de la gare, le muret à hauteur de main, le feu sonore, l’odeur de la boulangerie, la sonnerie du tabac, le bruit du canal qui devient celui du lac, le porche en pierre qui résonne quand on passe dessous.
Sept étapes
Le résultat est sur la page Contact et accès, en texte et en audio. Ni l’un ni l’autre ne remplace l’autre : ils disent la même chose, autrement.
Ça nous a pris une après-midi. Depuis, trois personnes nous ont dit être arrivées seules.
La chambre Jardin a été refaite avec une ergothérapeute
La norme dit qu’il faut un espace de retournement de 150 cm. Elle ne dit pas où le mettre pour qu’il serve.
Regarder plutôt que cocher
En 2024, on a refait la chambre 002 avec Claire Ferrand, ergothérapeute. Elle est venue avec deux personnes en fauteuil, et on les a regardées entrer, se déshabiller, se coucher, se lever la nuit, aller à la douche.
On a déplacé le lit de 40 cm : l’espace de transfert existait, mais il était du mauvais côté par rapport à la porte de la salle de bain. On a baissé le thermostat de 50 cm. On a supprimé le meuble sous le lavabo. On a mis une commande d’appel accessible depuis le sol de la douche — parce que c’est là qu’on tombe, pas debout.
Ce qui reste imparfait
Le jardin est en gravier compacté sur cinq mètres avant la pelouse. C’est roulable, mais ça secoue. On n’a pas trouvé mieux sans couler du béton dans un jardin classé.
Réserver en direct : ce que ça change vraiment
Une nuit à 139 € réservée sur une plateforme, c’est entre 21 et 35 € qui partent en commission. Sur 28 chambres, ça fait beaucoup.
Où va cet argent quand vous réservez en direct
Dans la rénovation de la chambre Jardin. Dans les fiches d’accessibilité — deux jours de mesures, et une mise à jour à chaque changement. Dans un moteur de réservation réécrit de zéro pour qu’il fonctionne au lecteur d’écran. Dans les cartes en braille du restaurant, réimprimées à chaque changement.
Vous ne payez pas plus cher
Les plateformes nous interdisent contractuellement d’afficher un tarif inférieur chez elles. Nous ne pouvons donc pas vous faire moins cher — mais nous ne serons jamais plus chers. Le tarif est le même : c’est la répartition qui change.
Ce que nous n’arrivons pas encore à rendre accessible
Cette page existe parce qu’un hôtel qui affirme que tout est accessible ment, ou n’a jamais rien vérifié.
L’aile nord
Trois marches, un bâtiment classé, aucune rampe possible. Les chambres 205 à 210 ne sont pas accessibles en fauteuil. On a demandé une dérogation ; elle a été refusée.
Le spa
Le bassin se descend par trois marches immergées. Un siège élévateur coûte 9 000 €. Il est budgété pour 2027, pas avant. En attendant, on l’écrit.
Le ponton
Planches disjointes, interstices de 2 cm, les petites roues s’y coincent. Le remplacer, c’est un dossier en zone protégée, et deux ans de délai. Il est lancé.
La langue des signes
Personne dans l’équipe ne signe. On communique par écrit, avec une ardoise à la réception. C’est insuffisant, on le sait, et on n’a pas encore de solution.
La carte du restaurant n’est pas un PDF
Presque tous les restaurants publient leur carte en PDF, ou en photo. Pour un lecteur d’écran, une photo de texte, c’est du vide.
Ce qu’on fait à la place
La carte est écrite en texte, sur le site. Chaque plat a sa description : les ingrédients, la texture, la cuisson. Les allergènes sont indiqués plat par plat, pas en bas de page en corps 6.
Elle existe aussi en braille et en gros caractères, en salle, réimprimée à chaque changement. Et si vous préférez, on vous la lit à voix haute — tranquillement, sans que vous ayez à le demander deux fois.
Le coût réel
Quarante minutes par semaine. C’est tout. C’est le prix pour qu’un client puisse choisir son plat chez lui, avant de venir, comme tout le monde.
L’alarme incendie vibrante, ce n’est pas une option de luxe
Une alarme incendie sonore, dans une chambre d’hôtel, ne réveille pas une personne sourde. Elle la laisse dormir.
Ce que ça coûte
Un dispositif vibrant à glisser sous l’oreiller, couplé à un flash lumineux : environ 180 € l’unité. Nous en avons cinq, installables dans n’importe quelle chambre en dix minutes. Sans supplément, évidemment — facturer sa propre sécurité serait indécent.
Comment le demander
À l’étape 3 de la réservation, une case « alarme incendie vibrante et lumineuse ». Vous cochez, c’est prêt à votre arrivée. Vous n’avez rien à expliquer au comptoir.
Dans la chambre Jardin, le dispositif est installé d’office, en permanence.
Les chiens-guides sont chez eux ici
La loi est claire : un chien-guide entre partout où son maître peut entrer. Restaurant compris. On ne devrait donc même pas avoir à écrire cette page.
Et pourtant
On nous raconte régulièrement des refus, des soupirs, des « exceptionnellement, alors ». Une cliente nous a dit qu’elle appelait toujours avant, non pour demander l’autorisation, mais pour savoir si elle allait devoir se battre.
Ici
Chambres, restaurant, salon, spa côté vestiaire : partout. Gamelle et point d’eau fournis, préparés avant votre arrivée si vous cochez la case à la réservation. Accès direct au jardin par la porte du fond, jour et nuit, pour le sortir sans traverser tout l’hôtel.
Aucun supplément. Et aucune remarque.